Songe au jour le jour ...

Songes dérobés au quotidien ...

20 juillet 2004

Les musiciens du métropolitain ...

Aujourd'hui, petit bout de conflit humain capté dans le métropolitain ...

Mes yeux en papillotes, s'offraient un marathon de paupières vers les profondeurs abyssales quand un petit incident cala deux allumettes entre les mutines pour permettre aux mirettes de s'associer au voyeurisme général ... un de ces moments où les passivités additionnées sont toutes focalisées sur l'objet curieux qui orchestre une rupture dans le quotidien réglé : le métro-boulot-dodo perturbé ...

Tous les matins de la semaine je rentre de mon labeur alimentaire (de fait c'est plutôt le loyer qui tient le haut du podium) en proie aux appels de morphée délaissé trop tôt pour le lever aux aurores après un coucher au-delà de la raison. S'il n'y avait ce changement de ligne je crois que mon heure de trajet me verrais arriver la bouche béante, les yeux clos et le corps affalé dans un recoin de rame. Pressé ce matin là dans une foule hétérogène, la fatigue appuyée contre une paroi vibrante, j'ai tout juste noté le fait que j'avais encore négligé de prendre l'avant dernier wagon et qu'en conséquence je me retrouvais à nouveau baigné dans les fausses notes d'un accordéon sans émotion, sans compassion pour l'air joué et pour lequel je devrais encore me refuser l'aumône d'une piecette au gobelet  ...

C'est au bout de quelques instants où tout ne semble pas se dérouler comme prévu, où malgré le retentissement du signal de fermeture des portes la rame reste immobile, que chacun émerge de son introspection pour quêter avec appréhension la raison de cette contrariété à l'habitude ...

En l'occurence, l'accordéon et la chanteuse au micro sans tonalité qui l'accompagnait s'étaient tus pour laisser fuser des éclats de voix à l'extrémité opposée du wagon ... un black décoloré plutôt beau gosse prenait à parti les musiciens sur le thème du droit et du respect d'autrui : la musique serait interdite et nuisance en cet endroit et, bloquant les portes, sa harrangue les enjoignait de quitter le transport. Il fallut près de cinq minutes d'échanges tumultueux avant qu'un costard cravatte pressé de rentrer sans doute n'intervienne et enjoigne notre justicier au calme et permette au train-train de reprendre son train ...

Incident somme toute très banal me direz-vous ... mais c'est de cette banalité qu'on retire les leçons de sociologie les plus intéressantes je trouve. Faut-il légiférer en citoyen là où la loi tolère avec un regard volontairement aveugle à l'infraction ?

Il est un fait que ni les "artistes" honteux et ouvrant le bal sur une ritournelle d'excuses aux usagers incommodés, ni ces derniers en transition entre un point A et B et peu sensibles à la muse discordante n'en retirent quelque chose de positif; les premiers récoltent tout juste de quoi soulager momentanément l'estomac sans doute souvent tiraillé et les seconds finissent par exceller dans l'abstraction patiente d'une réalité qui concerne pourtant tout un chacun en tant que partie prenante de cette société. Pour ma part, j'ai juste un triste frisson quand j'entend les notes s'emmêler, s'écorcher dans un air tendu de lassitude et je tente un léger sourire pour ne pas offrir moi aussi le spectacle d'un examen honteux et faussement intéressé de mes guiboles.

Ma question finale est : qui d'entre les artistes et les usagers du métropolitain aura fait un minimum d'efforts pour se mettre à la place de l'autre ? Entre des artistes qui ne vendent pas un art mais son plagiat alors qu'ils sauraient certainement, en s'associant entre eux, produire un résultat nettement plus enrichissant pour tous, et des passagers qui s'engoncent dans leur mauvaise conscience plutôt que de faire la simple aumône d'un bonjour assaisonné d'un sourire.

Voilà une première petite anecdote d'un Songe en perpétuelle interrogation existencielle ...

Posté par Songes à 16:42 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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